ETAT D’INDIFFERENCE
KONSCHT AM PARK
Centre Louis Ganser / Parc Grande Duchesse Charlotte
La 5ième édition de l’exposition Open-Air « Konscht am Schlass »
Bettembourg, Luxembourg
18.04.2014 — 11.05.2014
Curateur Marc Pierrard

ETAT D’INDIFFERENCE
Installation, barque, requin artificiel, objets intimes récoltés par l’artiste – dimensions variable – Photo Marc Pierrard
Dans cet espace où l’oeuvre
s’épanouit avec une puissance manifeste, la dimension sociologique revêt une importance
capitale, tant dans la démarche artistique que dans sa matérialisation plastique. L’entrée, métamorphosée en une sorte de « poste frontière », oblige le public à passer à travers un hublot de vision restreinte, l’incitant ainsi à se confronter physiquement
à l’étroitesse de l’embarcation, à l’exiguïté de l’espace vital dont disposaient les immigrants. Ce geste d’adaptation interpelle le visiteur quant à la limitation parfois inhérente à notre propre perspective, une limitation qu’il convient de repenser à la lumière
du sujet abordé.
Au cœur de cette installation austère, une série de questionnements surgit, suscitant la réflexion sur les conditions extrêmes
du périple migratoire des « boat people », sur la douleur et l’errance qui jalonnent le parcours de ces survivant.es Elle renferme également des objets rejetés par la mer à la suite du naufrage de leur embarcation donnés par des réfugiés à l’artiste.
Ces artefacts sont méticuleusement répertoriés, annotés, numérotés, comme autant de pièces à conviction disposées sur des étagères et exposées au public. Deux figures emblématiques, un crocodile et un requin, incarnent la voracité impitoyable du passeur d’infortune, dépourvu de tout scrupule moral.Dans son ensemble, cette installation invite à méditer sur le prix humain
de la quête d’une nouvelle vie, une quête qui se mesure parfois au sacrifice de la vie elle-même.
Performance – À LA H DERIVE
Cette performance explore
l’altérité comme un espace miroir, activant les zones d’ombre de notre propre construction identitaire. Aujourd’hui, le racisme s’énonce moins comme une adhésion idéologique à une hiérarchie biologique que comme une réaction phénoménologique face à l’inconnu.
Il s’agit d’une dialectique de l’inquiétude, déclenchée par l’irruption d’un Autre radical qui échappe aux grilles de lecture hégémoniques.
Le racisme opère ici par le rejet de la dissonance culturelle et corporelle. Il bascule dans des dynamiques d’exclusion, de marginalisation et de déni de l’altérité.
Ce projet interroge ainsi la visualité du préjugé et les régimes de perception qui sous-tendent les discriminations systémiques. Qu’elle repose sur un corpus factuel ou sur des constructions fantasmatiques, cette mécanique procède d’une mythologie contemporaine. La phobie raciste se détache de la peur rationnelle par son caractère hors-sol, un simulacre psychique qui, bien que dépourvu d’ancrage empirique, performe et matérialise un objet d’angoisse fictionnel.
